SACD



Qu’est-ce que la culture ?
« L’ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement » dit le petit Robert.
Ce site permet de confronter les idées des différents candidats, de débattre du programme culturel, de s’exprimer sur ce sujet essentiel.
Il n’y a pas de démocratie sans culture. Il n’y a pas de culture démocratique sans une véritable volonté politique au plus haut niveau.

Sophie Deschamps - Présidente de la SACD


 
Sondages
Faut-il réformer la politique du spectacle vivant ?
Oui
Non


Résultats

Voir tous les sondages


Edito

Les sujets:


Accéder aux Forums


Tribune libre > Daniel Larrieu

Et la danse dans tout ça ?

Nous sommes à l'heure du carillon électoral, des grandes opérations de communications publicitaires, tic-tac, de l'avenir politique, de notre futur. Il a toujours existé un certain décalage entre ce qui se vit dans l'art et ce que l'on pense pour l'art. Un « jet-lag » politiquo-artistique entre projets et choix concrets, entre artiste et politique, le goût des idées et leurs coûts. L'art vivant est au centre de mes préoccupations, chacun son truc, spécialisation : la chorégraphie. Et oui nous sommes aussi des auteurs. J'imagine le lecteur quittant déjà la page pour se rediriger vers des affaires de plus grandes importances à ses yeux, plus croustillantes que la « crises du tutu » et autres « bouleversements sur l'évolution des codes de ce milieu ». Et si le groupe « ni putes ni soumises » (on se réveille tout de suite au nom de ce mouvement) n'a pas pris position sur l'évolution de l'art de la danse, les partis politiques ne chantent pas non plus l'évolution chorégraphique, mais murmure tout bas un « l'accès à la culture » sur la belle route de l'éducation et sur fond de paysage pédagogique, quelle aventure ! Rien de transgénique dans ce culturel, pas de lobbying des usagers, pas de quoi faire un « prime » sur les chaînes privées.

Mais mon petit Daniel, tu sais très bien que votre boulot de la danse ne produit aucune richesse ; rien pas une piécette, que de la transpiration, de la fatigue, aucun produit dérivé, aucun slogan, aucun marché. Alors, tu nous fatigues avec la danse par ci, par là. Garde tes courbatures. « Intègres toi à la société normalement » aurait dit mon père. Fait un boulot normal. Un vrai !!!

La danse fait l'expérience de micro société, de corps et de relations aux autres en utopies, en désillusions, essais, tentatives, réussites aussi, relations avec ou sans public, support variés qui passent par l'audiovisuel, internet et scènes de l'art vivant; çà travaille à inventer, à créer des nouveaux systèmes, à en éprouver les limites. Nous faisons aussi de la politique, faisons expérience et écouter, et partager, agir et choisir.

Pendant que les aiguilles chronos renvoient les minutes de l'intermittence aux temps tristement dépassé, recyclage compris, le principal enjeu des candidats à la présidentielle restera de nous convaincre sérieusement de son appel intime pour l'art, pour une véritable « culture physique ». Pendant ce temps, hissons le drapeau blanc en signe de paix, pas forcément intéressé par le recyclage professionnel.
Une expression à bannir de vos langages « se payer une danseuse ». Rude héritage d'une époque révolue. Je vous les dit « Ni putes ni soumisses » pas si loin…La danse dans la campagne du culturel.

4500 intermittents, 500 poste fixes, voilà la cartographie de l'emploi chorégraphique français. Un « petit prince » dans l'art vivant, planète de la danse, minuscule, « un dessine moi un mouvement », un pays, une étoile lointaine dans la galaxie culturelle loin des disciplines majeures.

Certains considèrent la danse encore comme un sport de haut niveau. Ce n'est pas faux du sport oui, pour le niveau, ce n'est pas encore le bon niveau des moyens. La France est le seul pays au monde à avoir dans les années 80, construit un maillage chorégraphique important, 500 compagnies sur le territoire national, 19 Centres chorégraphiques nationaux, des centres de développement chorégraphiques.... Petit monde à la vision large, envié et dont on est fier sur les étagères de l'exportation internationale, moins fiers lorsque les nouvelles compagnies de danse « primo entrant » ne peuvent pas accéder à une première aide où l'évolution des moyens se retrouve immobilisée par la fonte des aides publiques, en tête l'état.

Une écologie culturelle comme dirait d'autres avec un bon mot, mais on ne refait pas le monde là où l' « ozone culturelle » a perdu depuis des lustres son bouclier protecteur.

De droite comme de gauche, les talents politiques, pour faire avancer la culture ont été rares. Ceux qui, au pouvoir, ont laissé une marque forte ont inscrit ici, leur nom sur un musée, là, une pyramide de verre sur un autre musée, ici encore d'un musée encore. Les présidents aiment les musées, nous aussi d'ailleurs, mais pas que.
Il faut se résoudre soit à devenir soi-même une œuvre muséale, avec le risque d'y croire et tous les moyens envisager pour sa propre sauvegarde et sa protection, où comme le dit très bien Yves Nilly, accepter que le culturel intéresse peu. Réalité dure mais bien sentie. Le social, la famille, les valeurs républicaines… « t rock » entre voix et discours de charme, la pêche aux électeurs, poissons d'auteurs que nous sommes.

Le débat sur la production de l'art vivant n'est plus à l'ordre du jour exclusivement de l'état. Ainsi les collectivités territoriales, les départements, les régions, les villes ont mis en place depuis longtemps une politique culturelle et ne souhaite pas partager leurs ambitions que si l'état va dans le même sens que les élus locaux. C'est dire la joie de produire aujourd'hui de l'art vivant dans les institutions qui sont l'endroit même des jeux de territoires du pouvoir. C'est dire que le projet artistique passe bien derrière des choix d'alliances et ne vont pas toujours vers plus de démocratie culturelle.
C'est dire aussi les promesses se valent et flattent possiblement l'artiste, sans vraiment toucher au cœur du dispositif. Le sens culturel est un peu comme sur la route une signalisation, une limitation de vitesse, une place pour que les métiers que nous exerçons se poursuivent. L'avenir nous propose beaucoup de sens unique, de stationnement de la pensée payant, des voies commerciales. Nous avons tous notre permis électoral, et l'alcotest grisant du pouvoir ne devrait jamais remplacer la vigilance publique. C'est aussi une affaire de sécurité mentale. Le pouvoir de penser par soi-même et de défendre l'art vivant et ses auteurs.

Daniel Larrieu
Chorégraphe,
Administrateur danse de la SACD


Retour