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Tribune libre > Christophe Girard

Le Louvre, Atlanta et Abou Dhabi

Le projet de création d'un musée universel, souhaité par l'Emirat d'Abou Dhabi, a ouvert un débat passionné sur la place des musées dans un monde sans cesse plus ouvert. Parallèlement la collaboration pluri-annuelle, avec le High Museum d'Atlanta démarrée en 2006, inaugure une nouvelle forme d'échange entre deux institutions culturelles. Ces deux sujets offrent l'occasion de s'interroger sur ce que doit être le rôle d'un musée universel á l'heure de la mondialisation, de repenser ses missions et, par lá-même, ses frontières.

Face á la situation mondiale, deux positions simples s'offrent aux musées : la fermeture ou l'ouverture. La première pose le risque d'un étouffement progressif sous couvert d'une protection des œuvres et d'une hiérarchie á faire dans les publics venant les admirer. La seconde au contraire permet d'accompagner et de soutenir le rayonnement de la France dans ses missions humanitaire, éducatives et culturelles.

Il s'agit donc surtout d'une querelle entre les Anciens et les Modernes. Et comme le dit Jean Cocteau, dans Le Potomak, « Il n'y a pas de précurseurs, il n'y a que des retardataires ».


En quoi consistent les opérations Atlanta et Abou Dhabi ?

Le projet Louvre-Atlanta est un partenariat de trois ans entre le Louvre et l'un des musées les plus dynamiques du sud-est des Etats-Unis, le High Museum d'Atlanta. Le Louvre y propose une série de neuf expositions temporaires qui retracent l'histoire du musée du Louvre, de sa création en 1793 á nos jours. Cela permet de faire découvrir au public américain l'exceptionnelle richesse des collections ainsi qu'une partie de notre histoire. La première exposition, qui vient de s'achever, a été un énorme succès. Ce partenariat inclut aussi une dimension pédagogique et scientifique, avec des échanges scolaires, des événements culturels et l'organisation de colloques.

Abou Dhabi est un projet d'Etat á Etat, piloté par le ministère de la culture. Il ne concerne pas seulement le Louvre, mais l'ensemble des musées de France. Les Emirats Arabes Unis souhaitent créer un musée universel et, pour ce faire, sollicitent l'expertise et le savoir-faire français, uniques au monde. C'est l'occasion de contribuer au rayonnement de la France et au dialogue des cultures, dans cette région carrefour des peuples et des civilisations.

Le projet Abou Dhabi ne vient-il pas en contradiction avec les missions fondamentales des musées ?

Les musées nationaux ont pour devoir de conserver et enrichir le patrimoine, de l'étudier et le faire connaître aux publics. Fermement attachés á ces missions et á la déontologie de la profession, la participation du Louvre au projet Abou Dhabi, porté par le ministère de la culture, soutenu par le PS et piloté par la Direction des Musées de France, est un devoir et doit être une chance.

Un devoir, parce qu'il contribue au rayonnement culturel de la France, en même temps qu'il favorise le dialogue des cultures et des civilisations. Depuis sa création, le Louvre a une vocation universelle et je suis convaincu que ce projet peut se faire sans pénaliser le public parisien.

Nous ne pouvons qu'être fiers de constater que, sur tous les continents, des professionnels et des conservateurs se tournent vers nos musées, envient notre savoir-faire unique au monde, sollicitent notre expertise, proposent des coopérations. Les musées nationaux ont toujours joué un rôle central dans la diplomatie culturelle française et nous devons nous efforcer de poursuivre et renouveler cette tradition, avec raison et mesure.

Ce projet doit être également une chance. Il sera en réalité ce que nous en ferons. Partenariat culturel, ses retombées seront elles aussi culturelles. Il est convenu que l'intégralité des contreparties financières, qui viennent rétribuer un savoir-faire et une conception scientifique, bénéficie á l'ensemble des musées français.

Cela augure-t-il d'une politique de création d'antennes sur le modèle du Guggenheim ?

Il n'a jamais été et il n'est pas dans l'intention du Louvre et d'autres établissements culturels de créer des antennes á l'étranger, mais bel et bien de perpétuer cette politique d'ouverture. Ouverture internationale, á travers des coopérations scientifiques qu'ils déploient, á Atlanta pour le Louvre ou encore á Bahia pour le musée Rodin. Ouverture sur le territoire Français, également, notamment avec le projet Louvre-Lens et le projet á Metz du Centre Pompidou, qui viennent rappeler que nos musées sont au service de la nation toute entière.

Quel usage sera fait de cette manne financière ?

Concrètement, cela permettra de financer plusieurs grands projets qui amélioreront les conditions de visite, d'enrichir les collections et de restaurer les oeuvres, de développer d'importants projets scientifiques et éducatifs, de renforcer les équipes de conservation.

Et, hors de nos frontières, de mener á bien de coûteuses opérations sans retour sur investissement financier en tant que tel : ouverture de nouveaux chantiers de fouilles ou participation á la rénovation de musées étrangers. Personnellement j'aimerais qu'une partie des sommes aille á l'accès, á la connaissance et á la valorisation des cultures islamiques en France pays où vivent de nombreux musulmans.La culture est toujours facteur d'entente et d'échange.

Ce n'est donc en rien une étape vers la « marchandisation de la culture » á laquelle nous sommes tous opposés. Les musées demeurent fermement attachés aux principes d'inaliénabilité des œuvres et de gratuité des prêts.

L'inquiétude de certains est-elle justifiée ?

Il est naturel que quelques-uns expriment leur inquiétude. Ils doivent cependant savoir que les représentants des musées veillent et continueront á veiller á ce que la déontologie et l'exigence scientifique soient scrupuleusement pris en considération. Ainsi, la partie française n'interviendra pas dans le processus d'acquisition d'œuvres de la future collection du musée, pour des raisons de déontologie et de possibles conflits d'intérêt.

Le prêt temporaire d'œuvres issues des collections françaises, tel qu'il est envisagé, est d'autant plus raisonnable que l'effort sera assuré par l'ensemble des musées, et pas seulement le Louvre. Un maximum de trois cents œuvres seront prêtées, pour des durées de deux mois á deux ans, en attendant que le musée émirien constitue ses propres collections et acquière progressivement son autonomie. Pour ne prendre qu'un exemple, rappelons que, depuis des années, le Louvre seul prête chaque année entre 1000 et 2000 œuvres en France et á l'étranger pour des expositions internationales.

Quelle sera l'organisation pour la conduite du projet Abou Dhabi ?

La participation des musées aux opérations de prêt et d'expositions sera choisie en toute liberté par les responsables scientifiques des collections, comme c'est le cas dans toute coopération internationale. L'Agence qui portera le projet pour le compte de la France sera entièrement au service des musées. Elle sera présidée par une personnalité incontestable du monde des musées et un conseil scientifique de surveillance, essentiellement constitué de conservateurs, sera garant de la qualité scientifique du projet et du respect des règles déontologiques.

La puissance des œuvres d'art, leur message d'éducation et de délectation, demeure et il faut favoriser une diffusion maîtrisée des collections nationales, dans le respect des règles de conservation, á destination des cent cinquante millions d'habitants des pays du Golfe, ce carrefour des peuples et des civilisations.

Quel est le but recherché au final par le musée du Louvre ?

Je crois avoir compris ce qu'a très bien expliqué le Président du Louvre Henri Loyrette :le but numéro un est de répondre pleinement á cette « vocation universelle » qui a été assignée aux musées Français. Ils doivent aujourd'hui perpétuer et renouveler cette tradition d'ouverture.

Avec près de 8,5 millions de visiteurs, dont deux-tiers d'étrangers, le Louvre est aujourd'hui le musée le plus fréquenté du monde. Mais tout le monde n'a pas la chance de pouvoir venir á Paris. Il faut donc pallier cette difficulté á l'échelle nationale et internationale.

Ouverture sur notre propre territoire, avec des expositions et des dépôts d'œuvres en région, qui viennent rappeler que nos musées sont au service de la nation toute entière. Ouverture internationale, aussi, á travers les coopérations que nous déployons un peu partout dans le monde, car nos musées et le Louvre en particulier ont toujours joué et continueront á jouer un rôle d'ambassadeur culturel de la France.

Avec cette action territoriale et internationale, le Louvre et les musées nationaux vont eux-mêmes aux devants de ces autres publics.

Christophe Girard
Adjoint au Maire de Paris pour la culture (PS)

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